Après l’énorme scandale autour de l’équipe de France, que vous n’aurez surement pas manqué (à moins d’habiter un patelin de très, très haute montagne), et surtout l’emballement médiatique qui a suivi, il m’a semblé intéressant de passer au crible la relation entre les Bleus et la sphère médiatique dans cette affaire.
1er point : La plupart d’entre vous ont fait, comme moi, du foot en club, quel que soit le niveau. Et vous avez sans doute eu un goût de déjà
-vu avec la description du pétage de plomb de Nicolas Anelka. Tout simplement parce que ce genre d’incidents
arrive régulièrement dans la vie d’un groupe (surtout quand il est constitué d’abrutis, je vous l’accorde). Loin de moi l’idée d’excuser l’attaquant des Blues : le bagage du joueur de très
haut-niveau doit comprendre la maîtrise des émotions et surtout le respect du coach. Il n’aurait sûrement jamais eu la même réaction devant Carlo Ancelotti. Malgré tout, un tel incident fait
partie de la vie d’un vestiaire, surtout en perdition comme celui des Bleus. Malheureusement, nos amis journalistes ne connaissent le football qu’à travers la télévision pour la plupart (qu’on
vienne pas m’expliquer que Duluc a fait du foot…), et les consultants, notamment France 98, semblent avoir oublié fissa leur ancienne vie. Comme l’a expliqué Raymond Domenech dans la très
intellectuelle messe dominicale Téléfoot, ce problème se serait réglé en interne : Nico n’aurait plus jamais joué en équipe de France, point barre. Le résultat aurai été néfaste sur le
groupe dans tous les cas.
2e point : Ceci m’amène à mon deuxième point, le rôle des médias dans cette affaire, et notamment du plus en plus grandiose journal L’Equipe. On le voit aujourd’hui, mais depuis quelques temps déjà, sa mainmise sur le marché de la presse sportive lui donne une sorte de passe-droit. Le titre du numéro de samedi en était le plus brillant exemple : « Va te faire enculer, fils de pute », en une, police 26. Niveau éthique journalistique, on cherche du pétrole. Mais loin de s’arrêter à une simple titraille démago, le quotidien se complaît à faire dans l’info « off », dans le « selon nos sources », bref à fouiller les poubelles de l’équipe de France, à la manière des The Sun et autres News of the World outre-Manche. Frustrés par la politique isolationniste des Bleus, les journalistes en viennent à faire éclater scandale sur scandale, dans une sorte de compétition entre leur ego et celui des joueurs de l’EDF. Deux sphères qui s’interpénètrent de manière trop profonde depuis bien trop longtemps d’ailleurs. Résultat : un cercle vicieux dans lequel les joueurs se renferment pour éviter de lâcher des perles à des journalistes qui les utilisent souvent hors contexte, et où des journalistes privés de cette source d’info cherchent à retourner la merde pour avoir de quoi faire des ventes.
3e point : Et le pire probablement dans cette affaire, c’est qu’à quasiment aucun moment la démarche médiatique n’est remise en question. Mieux : elle est reprise et amplifiée. France 2 nous produit une magnifique émission spéciale scandale, les chaînes d’information en continu ont oublié toute autre forme d’actualité pour se concentrer sur l’affaire de l’équipe de France. On réunit des « spécialistes » qui vont chercher les sources, les causes, le comment, le pourquoi, donner leur avis condamner et blâmer. Mais la démarche journalistique n’est jamais remise en cause. Tout le monde prend le train en route et suit le chemin qui est déjà tracé. Ce qui est probablement la preuve la plus cinglante de l’autorité intouchable que représente L’Equipe, et surtout de la liberté inconditionnelle dont dispose sa rédaction.

